La poésie est une source d'inspiration dans ma peinture. Elle m'ouvre des voies en me fournissant des mots que je prends dans leur matérialité - comme les pochoirs qui cernent une forme ou les feuilles qui laissent une empreinte. La poésie est une langue de l'essentiel. Elle exprime le plus intime de soi qui se révèle dans la musique des mots. 



J'aime la liberté du geste inconscient
Qui réagit aux aléas de la composition
Qui se crée au gré de l'improvisation
Ouverte et sans arrière pensée.

Maïa Bild    2012




La Peinture

La  peinture est une annonciation.
Elle est l'aile qui vous frôle et vous détourne par surprise du tracé mort des jours.
Elle surgit, laboure l'âme et le corps qui en sont retournés. Qui retournent aux forces vives de l'enfance, aux sources crues et froides qui font frissonner.
Mystère de la peinture qui exige que le corps se face chair, et que celle-ci soit fécondée par l'esprit.
L'annonciation de la peinture se passe sans mots. Se passe de mots. Soulage des mots. L'ange de la peinture est une présence, une irradiation, mortelle aux mots, comme la langue du poète. Le poète trouve sa langue, abandonne les mots. La peinture est mutilée des mots et dans le silence, l'amour et la honte de sa mutilation, la peinture accède à ses vérités.
La peinture nous fait l'annonce de notre infirmité, elle touche le secret dissimulé sous les vêtements, elle nous rend à notre débilité, à notre divinité.

Christiane Veschambre






Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires 
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t'attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encore que par quelques paupières
Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuilles sur mon cou

Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m'éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d'astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau
Quand les portes s'ouvraient sur des villes  légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues.

Tu venais de si loin derrière ton visage
Que je ne savais plus à chaque battement
Si mon coeur durerait jusqu'au bout de toi même
Où tu serais en moi plus forte que mon sang.

René-Guy Cadou   1920-1951  Quatre poèmes d'amour à Hélène





Etre dans la nature ainsi qu'un arbre humain, 
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs
Etendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l'orage,
La sève universelle affluer dans ses mains.

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l'espace

Sentir dans son coeur vif l'air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre :
S'élever au réel et pencher au mystère,
Etre le jour qui monte et l'ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise
Laisser du coeur vermeil couler la flamme et l'eau,
Et comme l'aube claire appuyée au coteau
Avoir l'âme qui rêve, au bord du monde assise...

Anna de NOAILLES  1876-1933  La vie profonde





Je m'appuierai si bien et si fort à la vie, 
D'une si rude étreinte et d'un tel serrement
Qu'avant que la douceur du jour me soit ravie
Elle s'échauffera de mon enlacement.

La mer abondamment sur le monde étalée
Gardera dans la route errante de son eau
Le goût de ma douleur qui est âcre et salée
Et sur les jours mouvants roule comme un bateau.

Je laisserai de moi dans le pli des collines
La chaleur de mes yeux qui les ont vu fleurir,
Et la cigale assise aux branches de l'épine
Fera vibrer le cri strident de mon désir.

Dans les champs printaniers la verdure nouvelle
Et le gazon touffu sur le bord des fossés
Sentiront palpiter et fuir comme des ailes
Les ombres de mes mains qui les ont tant pressés.

La nature qui fut ma joie et mon domaine
Respirera dans l'air ma persistante ardeur,
Et sur l'abattement de la tristesse humaine
je laisserai la forme unique de mon coeur..

Anna de NOAILLES 1876-1933 L'empreinte




I.

oh, écoute
comment dire cela
comment contenir cela par des mots des phrases
ds traits précis des gestes particuliers
alors qu’à chaque fois c’est divin, à chaque fois
cela dépasse l’entendement 
l’art contient
le cadre circonscrit
les colonnes encadrent 



le carrelage quadrille

mais voici :
l’ange se penche
il souffle dans l’oreille
de la femme agenouillée
et sa parole

germe

est-ce ainsi ?

l’ange expire
la femme inspire
entend, prend, incorpore
cette parole
énonciation annonciation
éjaculation divine
et en fait
l’autre

(suite de ce poème à lire dans le fichier pdf, téléchargeable en bas de cette page)


Nancy Huston  1992  La Maculée Conception De Maïa Bild



Ċ
Maia Bild,
23 août 2012 à 05:22